Avant-hier, alors que je m'ennuyais terriblement dans ma chambre sans cesse en mouvement, entre les
cartons de vaisselle et les bocaux remplis d'herbes à fumer, j'ai retrouvé mon classeur de philosophie. Il était loin de contenir l'équivalent d'une année complète de travail. D'ailleurs, la
seule leçon que je crois avoir vu au complet est celle du "Qui parle quand je dis Je ?". Je feuillette donc cette relique du lycée et n'y porte finalement que peu d'intérêt ... jusqu'à ce que je
tombe sur la partie "devoirs" du classeur. J'ouvre cette zone restée inexplorée depuis longtemps comme si je découvrais le véritable journal intime de Marion: quelque chose de mystérieux,
d'effrayant mais aussi de terriblement alléchant.
Il y avait quelques dissertations et commentaires de textes. Comme je le disais, je m'ennuyais. J'ai donc relu toutes les conneries et les débilités que j'avais pu sortir dans l'espoir de pêcher
le fameux 10, ma "truite" à moi. Je m'attarde plus précisement sur une copie, celle ayant pour sujet "Pense-t-on jamais seul ?".
Je ne vais pas vous ressortir l'intégralité des cinq pages d'écriture, ce qui est somme toute peu pour une copie de philosophie. Ca serait barbant pour moi d'y taper et pour vous d'y zieuter. Par
contre, je vais vous donner un joli extrait, véritable phamphlet contre la religion. Vous remarquerez la manière totalement grossière dont j'ai fais preuve pour ressortir au passage mes cours de
sociologie sur les instances de socialisation.
"Mais pense-t-on en "collectivité" toujours de notre plein gré ? Notre éducation, depuis la plus petite enfance, nous "moule" selon des valeurs et
des notions inculquées par un contexte, dont celui de la famille. On naît donc neutre, sans pensée personnelle. Et au fur et à mesure que nous grandissons, on nous communique des pensées
extérieures à travers des notions ou des valeurs. Ainsi, un enfant va se faire une idée sur un sujet précis à partir des pensées qu'il aura appris de ses parents, frères ou soeurs. Le milieu
scolaire est tout aussi important: c'est un endroit où les pensées sont fortement échangées les unes avec les autres, notamment lorsqu'il s'agit de communication en cours. En quelque sorte, nous
sommes endoctrinés. D'ailleurs, des institutions d'aujourd'hui endoctrinent. Le plus bel exemple est celui de la religion. Elle inculque ses idées, ses pensées. De cette manière, nous ne pensons pas seul car nous sommes "enregimentés". La principale différence avec ce que j'appelle le "réseau
de pensées", c'est qu'ici, le récepteur des pensées n'est pas capable de refuser qu'on lui en inculque. On ne pense pas seul et on n'a pas le
choix".
J'adore cette phrase sur la religion: "on ne pense pas seul et on n'a pas le choix". A elle seule, elle résume tout le paragraphe. Je m'étonne moi-même en relisant ces lignes. Je ne me croyais
pas capable en Terminale de lancer une petite critique comme celle-la sur la religion, mais ça me fait bien rire.
Les commentaires de notre Bretonnet (que les filles adoraient d'ailleurs, que ce soit physiquement ou intellectuellement) ne sont pas allés dans mon sens. En réponse au fait que je dise que
l'école "endoctrine", j'ai eu le droit à ça: "Non ! L'école apprend, en principe, à penser par soi-même". Oui, en principe. Et quand je commence à
dire la même chose de la religion et de parler de la liberté de penser pour les fidèles priants, il me rétorque: "Non. Ce n'est pas vrai pour la
plupart qui reconnaissent la liberté de penser". J'avais ommis de dire à cette époque que dans ma thèse sur l'endoctrinement de la religion, je parlais surtout du christianisme, étant donné que
je n'ai que peu de connaissances des autres religions. Mais j'admets être allé un peu loin. A contrario, il a répondu un "certes" (ceux et celles qui l'ont eu savent qu'elle est l'importance du
"certes" chez Julien B, ou du "soit") à propos du fait qu'on avait pas le choix de ce qu'on nous apprenait petit.
Finalement, j'ai quand même eu ma truite pour cette dissertation, avec ce commentaire:
"Des remarques intéressantes. Un problème majeur: vous ne travaillez pas suffisament la notions de "pensée", ne distinguez pas des sens différents
afin d'éclairer les enjeux du sujet. Si celui-ci se perd, c'est que toutes les "pensées" ne sont pas d'authentiques réflexions, que penser par
soi-même ne vas pas de soi, et n'est pas sans doute synonyme de "penser seul"."