Introduction aux méthodes d'Histoire de l'Art

L'HISTOIRE DE L'ART DANS L'ANTIQUITE.

L'Antiquité Greco-Latine voit naître le concept d'Histoire de l'Art. Philostrate, qui enseigne la rhétorique à Rome, développe la notion d'Ekphrasis. Il rédige 65 descriptions de tableaux représentant des scènes mythologiques et des natures mortes.
L'Ekphrasis fonde une culture et une littérature artistique. D'après le Petit Robert, il s'agit d'une mise en phrases qui épuise son objet, et désigne terminologiquement les descriptions, minutieuses et complètes, qu'on donne des oeuvres d'art. C'est tout simplement la description d'une oeuvre d'art, quelle qu'elle soit: peinture, sculpture, monument, et bien d'autres, dans un texte. On peut supposer qu'elle a comme point final la critique artistique de nos jours (mais pas seulement).
La collecte des faits et des savoir-faire est un riche héritage de l'Antiquité Greco-Latine. Avec les philosophes grecs, la littérature artistique connaît un formidable essor.

L'HISTOIRE DE L'ART AU MOYEN-AGE.


Au Moyen-Age, plusieurs modèles vont façonner la discipline. Les biographies des Saints vont tout d'abord être très utiles pour interpréter les oeuvres d'art (La Légende Dorée, Jacques de Voragine, 1476). En effet, on va pouvoir lier l'oeuvre aux mythes qui se sont formés autour des Saints.
Le clergé, omniprésent à l'époque, reprend la mission de transmission des savoirs, dont ceux artistiques. On garde bien sûr le concept de mimésis, et on l'assimile à la pensée religieuse. En bref, on imite, pour le cas présent, ce que Dieu a créé: la nature. On se rapproche donc de lui lorsqu'on représente la nature.

L'HISTOIRE DE L'ART A LA RENAISSANCE.


Mais c'est à la Renaissance que l'Histoire de l'Art naît réellement en tant que pensée. L'artiste va faire un bond en avant. Il passe du statut d'artisan à celui d'intellectuel. Giotto, avec son portrait de Dante, un homme politique influent, va grandement favoriser cet égard. En représentant des hommes de pouvoir, l'artiste entre peu à peu à la cour, qui était exclusivement réservée aux intellectuels.
Les traités d'Histoire de l'Art et de méthodes artistiques pullulent, alors qu'ils étaient peu nombreux auparavant (on connaissait surtout le Traité d'Architecture de Vitruve, Ier siècle). Ils imposent un goût et une beauté idéalle (Alberti et son De Pictura, 1436). Il y a une très forte rationnalité dans l'art: les mathématiques sont par exemple très utilisés.
Plus tard, Vasari, lorsqu'il publie ses vies d'artistes, intalle un corpus artistique très restreint: la Renaissance Florentine. Il ne prend alors pas en compte l'art qui n'est pas florentin et qui n'est pas issu de la Renaissance. Il périodise aussi l'évolution des formes et des styles: la Jeunesse (Giotto), la Maturité (Masaccio), l'Age d'Or (Michel-Ange), le Maniérisme. Toutefois, ce dernier est totalement déconsidéré (ce n'est qu'il y a peu de temps qu'on a recommencé à le prendre en compte).
Chez Vasari, les normes de référence sont la Grèce et Rome (dans l'Antiquité, évidemment). Le dessin est une notion clé: c'est aussi un dessein. Il est l'un des premiers à mettre en évidence des catégories stylistiques (par exemple la Grâce qu'il attribue à Raphaël ou le Sublime qu'il attribue à De Vinci).
Vasari nourrit ses oeuvres et ses écrits d'anecdotes et de légendes qu'il va puiser chez des artistes. Il parcours toute l'Italie et visite les ateliers d'artistes, voire les palais, pour voir les oeuvres dans leur contexte d'inscription (in situ). Ainsi, Florence et la Renaissance deviennent le lieu et l'époque privilégiés de l'Histoire de l'Art.

L'HISTOIRE DE L'ART AU SIECLE DES LUMIERES.


Winckelmann est l'un des pères fondateurs de la discipline pendant le Siècle des Lumières. Il publie Histoire de l'Art de l'Antiquité en 1774 et s'intéresse aux premières fouilles de Pompéï. Contrairement à Vasari, il vise une totalité artistique de manière philosophique. Il souhaite pénétrer l'essence même de l'art et prend large: le berceau méditerranéen avec la Perse, la Grèce, la Phénicie, etc.
Pour lui, il ne peut pas y avoir de geste créateur sans liberté politique. Voilà pourquoi il considère la Grèce démocratique comme exemplaire. Il met fin aux légendes et anecdotes pour fonder une entreprise raisonnable, en visant l'instruction et non le divertissement dans l'oeuvre d'art.
Winckelmann est un homme qui s'intéresse moins aux monographies et aux biographies, qui est plus ancré dans l'idée d'évolution des formes et des styles. Son approche est aussi beaucoup plus comparatiste (rappelons nous l'aire artistique qu'il prend en considération). Il fonde une discipline de connaissance.