Pop Art

Le Pop Art est un avant-garde de l'après guerre. Il naît en 1954 en Angleterre et prend fin en 1964. On observe que c'est un mouvement artistique qui s'étale dans le temps, cela étant dû à l'acceptation de l'idée d'avant garde. Les mouvements de révolte sont aussi plus aisés et moins oppressants.

Lawrence Alloway, critique d'art, appelera ce mouvement Pop Art. Des artistes veulent positionner la culture artistique par rapport à la culture de masse. L'héritage de Marcel Duchamps est important. La culture de masse émerge par la médiatisation de la culture populaire (magazines, radios et télévisions, mode, société de consommation). Les classes les plus basses n'ont cependant toujours pas accès à l'art. On rejette le Pathos et la sensibilité personnelle.


Eduardo Paolozzi - I was a rich man's plaything - 1947

La plan Marshall véhicule l'idée d'American Way of Life, l'utopie du bonheur à l'américaine. Les artistes cherchent alors à se placer par rapport à cette utopie acceptée par tous.

Dans cette oeuvre, la couleur rouge est omniprésente, et le cercle est beaucoup utilisé. On assimile la femme, une pin-up, à l'objet de consommation. La culture de la bande-dessinée est apparente, avec l'expression Pop dans la vignette: cela renvoit au populaire.

On ne demande pas une sensiblité humaine, surtout pour un après-guerre, mais juste une sensation de plaisir en voyant un papier-collé.







Kurt Scwitters - Untitled (for Kate) - 1947

On souhaite créer un art qui rentre en relation avec la nouvelle société. On n'a pas encore l'invention d'un langage plastique en Angleterre, ce qui se fera aux Etats-Unis. Mais on a le désir de s'ouvrir à un publique de masse.


Richard Hamilton - Just What Is It That Makes Today's Home So Different, So Appealing? - 1956

Cette oeuvre a servi d'affiche pour une grande exposition de The Independant. On est clairement dans une analyse critique de la société.

Il y a une référence aux nouvelles technologies (enregistreur). Le lampadaire renvoit à l'industrie automobile avec l'emblême de Ford. Le poster Romance fait penser à la bande-dessinée populaire du style roman-feuilleton et est emblématique d'un bonheur aseptysé. Le portrait juste à côté fait alors opposition. Il s'agit de John Rustkir, philosophe d'Art and Craft.

La télévision est allumée et on y voit une femme typique de l'époque. Sur la table basse, il y a du jambon sous vide, nouveau type de nourriture industrielle très consommée et sous plastique. Une bonne fait le ménage avec un aspirateur nouvelle génération qui laisse penser que l'on peut passer l'aspirateur chez soi bien habillée.

Le journal réfère à la multiplicité des médias. Quant au tapis au sol, il s'agit d'une référence au All-Over: utilisation des ouvrages artistiques et langage plastique de la figuration. Par la baie vitrée, on voit un cinéma et une affiche de la Warner (véritable industrie économique dès 1929).

Enfin, un jeune couple. L'homme est musclé et body-buildé. La femme est dans une position de pin-up. L'homme tient un objet rouge marqué de Pop, qui est une sucette géante, tournée vers la jeune femme (lolly-pop). Mais il n'y a aucune communication entre les deux personnages centraux.

La perspective à point de fuite unique est décalée (positionnement des personnages dans l'espace). Il y a une sorte d'impossibilité d'être bien. Le langage plastique critique pleinement la société de consommation.


Roy Lichtenstein - Hopeless - 1963

Kennedy est élu président en 1961 et représente l'idéal de justice, de progrès et d'ouverture. On retrouve des rêves d'avant-garde. Il porte l'espoir. Mais ce rêve est détruit par son assassinat en 1963. En 1967, la guerre du Vietnam traumatise toujours et ancre les artistes dans un complexe difficile.

On utilise ici les techniques de l'art publicitaire (rapport entre la culture populaire et celle des arts plastiques). Roy Lichtenstein a une formation de designer graphique. On l'associe souvent avec Andy Warhol. Il présente ses tableaux à la galerie Léo Castelli.

Il s'agit d'une huile sur toile réalisée mécaniquement. Elle est assez impersonnelle et plutôt froide. Le Pop Art se caractérise par ce qui est peint et par la manière par laquelle c'est réalisé.

Ses sujets sont tirés de la bande-dessinée. La réalisation mécanique renvoit à la production en série. Il utilise la trame Benday (Benjamin Day). C'est un outil qui passe d'une échelle à une autre. L'iconographie est relativement simple: une jeune femme qui pleure (critique de l'émotion aseptysée, on reste insensible). L'image est stylisée (précise mais moins que l'image d'origine).


Roy Lichtenstein - As I opened fire - 1964

Cette oeuvre réfère imanquablement aux menaces de la guerre du Vietnam. Mais c'est avant tout une banalisation des images de la guerre. La source du tableau vient d'une bande-dessinée.

On souhaite réaliser des images sur un style de papier glacé. L'artiste construit ici avec un imaginaire qui a bâtit son enfance. On ne parvient pas à établir une hiérarchie entre le bien et le mal. C'est une ravivation des couleurs vives (et élémentaires), dans un style flambant neuf.

Il parodie beaucoup et travaille sur les avant-gardes historiques que l'on peut trouver sur des produits dérivés. Il réalise des tableaux comme Femme au chapeau à fleurs en 1963, en s'inspirant directement de Picasso. Il fait une parodie avec les mêmes processus que ses autres oeuvres, en montrant bien que l'art fait partie intégrante de la société de consommation.


Andy Warhol - Campbell's Soup Can - 1962

Andy Warhol travaille dans l'art commercial et la publicité. En voyant une exposition de Lichtenstein, il se rend compte qu'il est soumis lui aussi à la société. L'artiste intègre alors la médiatisation: c'est l'artiste star.

Il choisit des emblêmes précis, des images qui ont la capacité d'être des symbôles forts. Ainsi, il représente plusieurs tableaux de boîtes de soupe Campbell, alliant la sérigraphie et la peinture. L'objet est reproduit en série, le tableau également. On perd donc l'unicité de l'oeuvre. Il y a tout de même moins de modifications.

C'est une mise en abîme de l'existence unique, la peur que l'on devienne copies conformes.



Andy Warhol -  Catastrophe Verte 10 fois - 1963

Il s'agit d'un tableau unique, mais il existe néanmois une idée de reproduction en série. Le travail est mécanique et manuel, notamment avec les trames (accident de voiture, fait divers sans réelle importance).

Andy Warhol - Electric Chair - 1967

La mort est assez présente chez Warhol. Pour le thème de la chaise électrique, il utilise de la peinture acrylique.

Andy Warhol - 10 Marilyn - 1967

Toute la série des Marilyn peintes par Warhol renvoient sans exception à la mort, Marilyn Monroe ayant été touchée plusieurs fois (désastres des médias sur une personne sensible). On retrouve en effet du mal fait (bavements au bas), du mascarat mal posé. C'est une sorte de raté volontaire, dans le but de montrer un personnage sensible s'écartant des traits alléchants qu'on lui attribue. Il y a aussi un travail sur l'icône (avec le fond d'or).

Richard Hamilton - My Marilyn - 1965

Ce sont des photographies de la mode. Il les récouvre de peintures. La dernière représente une marilyn sous l'aspect d'un fantôme.


Andy Warhol - Red Jackie - 1964

C'est une femme frappée par la mort, qui a toujours gardé un sourire noble mais tragique. Il s'agit aussi d'une bad painting, le maquillage et les couleurs ne se superposant pas toujours correctement à l'image originale. Comme pour les Marilyn, on se pose la question suivante: quel est le véritable être humain derrière l'image sociale?

Warhol associe aussi, dans d'autres oeuvres, le crâne, la mort, et la société de consommation. Le thème de la vanité apparaît dans ses oeuvres et il blâme les médias. Il met énormément l'accent sur les surfaces planes.

L'oeuvre et l'artiste sont des productions parrallèles à la production industrielle, aspirées par la culture populaire.