Urbanisme Athénien - Le Pirée


URBANISME ATHENIEN
LE PIREE
ò Πειραιεύς



















Ci-contre, plan de la ville actuelle

I. Rôle historique du Pirée et atouts.


          A. Construction et développement.

Le Pirée est à l'origine un simple port. Les premiers aménagements seront faits par Hippias, fils de Pisistrate. Il élèvera une muraille autour du port de Munychie.
Plus tard, Thémistocle, en tant qu'archonte de la cité, comprit vite que le port de Phalère, jusqu'alors port maritime d'Athènes, ne pourrait assurer une présence sur mer forte seul, n'étant en réalité que peu sûr. De plus, étant l'un des membres les plus puissants de la Ligue de Délos, la cité se devait de posséder un port puissant. Ce dernier pourrait même être plus sûr et plus utile que la ville elle-même.
A quelques 40 stades de la ville (environ 7km), Thémistocle s'intéresse à un lieu pouvant abriter un très grand nombre de vaisseaux: Le Pirée. En effet, contrairement à Phalère, il possède l'atout d'ête doté de trois bras de mer s'enfonçant dans les terres de la péninsule.
Il convînt l'Ecclesia d'Athènes de l'utilité de construire des ports et des docks pour remplacer Phalère. Il y ajoute un mur en -478. Dès -461, Périclès, grand stratège d'Athènes, entame la construction des Longs Murs qui relient Le Pirée à Athènes, avec l'argent des mines de Laurion, découvertes en -483.
Sparte, ne voyant pas d'un bon oeil la construction de toutes ces fortifications, parvient à convaincre d'autres cités de rentrer en guerre contre Athènes, notamment Corinthe, grand port devant faire face à la rude concurrence du Pirée. Ainsi s'étand de -431 à -404 la Guerre du Péloponnèse. Athènes perd la guerre et doit détruire ses murailles. Elle livre de plus la quasi majorité de sa flotte de l'époque.
En -393, Conon reconstruit les murs du Pirée et d'Athènes. S'en suivra d'autres destructions et reconstructions.

          B. Rôle militaire pour Athènes.

La flotte athénienne comportant environ 200 vaisseaux, le port de Phalère est, comme nous l'avons vu, trop petit. Athènes n'étant pas une ville côtière, Le Pirée lui est indispensable.
Thémistocle trouve aussi au Pirée une utilité contre la piraterie qui sévit dans les eaux grecques à cette époque. L'île d'Egine, très proche du Pirée, est réputée pour accueillir des pirates.
Ce port est aussi le moyen pour Athènes de se préparer à la Seconde Guerre Médique contre les Perses. Lors de la bataille de Salamine en -480, la flotte athénienne compte près de 150 navires, soit la moitié de la flotte grecque au total. Ce nombre impressionnant à un rôle non négligeable dans la victoire des grecs (des vaisseaux en si grand nombre ne peuvent être entretenus qu'avec un excellent port).
Athènes possède donc une flotte importante qui rivalise avec toutes les autres. Ses navires sont en outre très bien protégés dans la rade du Pirée. Dès lors qu'il est fortifié, ce port assure aux bateaux un mouillage sûr. D'après Thucydide, Thémistocle pense que Le Pirée est une bonen base de repli en cas d'attaque sur Athènes, d'où une contre-attaque peut facilement être envisagée avec la flotte.

          C. Rôle économique pour Athènes.


Le Pirée est capable d'accueillir un grand nombre de navires marchands. Ceux-ci sont indispensables pour Athènes et son économie. Les revenus générés par Le Pirée prennent une grande part dans son budget (avec les mines de Laurion, on estime que cela équivaut à environ 60%).
La grande majorité des habitants du Pirée sont des métèque, qui font du Pirée une place économique florissante. Au milieu du Vème siècle, la population de l'Attique est estimée à approximativement 315.000 habitants, dont 28.500 métèques, vivant principalement au Pirée.
L'essor que connît Le Pirée crée indiscutablement des emplois en grand nombre. Rien ques les trois grands ports de la ville emploient des personnes d'origines différentes dans des dizaines de corps de métiers (construction, chargement des navires, maintenance, etc).
Aussi, dès lors qu'Athènes est coupée du Pirée, elle risque de manquer de ressources vitales en suffisance. Le Pirée sert de place commerçante avec la Méditerranée. Etant le principal port d'Athènes, c'est par là que transitent la majorité des ressources de la ville. Par exemple, le blé, incultivable à Athènes, vient de cités lointaines (parfois d'Ukraine actuelle). Il est logique que ce trajet ne peut se faire par caravanes en nombre suffisant pour nourrir une population équivalente à celle d'Athènes (sans oublier que les quantités de céréales transportables par mer sont bien plus importantes). Si par hasard Le Pirée vient à être pris ou bloqué, c'est une très grande partie de la population de l'Attique qui risque d'en souffrir.
Vers le milieu du Vème siècle, Le Pirée arrive à surpasser les autres grands ports du monde grec, comme Milet ou Corinthe, et à se mettre au rang de port Méditerranéen.

II. Ports du Pirée.

         
A. Zéa et Munychie.

Zéa et Munychie sont les deux ports militaires du Pirée. Le second est d'ailleurs protégé par une muraille dès le règne d'Hippias.
La sécurité des ports est importante. Ainsi, ils sont dotés de chaînes qui peuvent être tendues à leurs entrées, de sorte que plus aucun navire ne puisse ni entrer ni sortir. Des tours de garde sont disposées à chaque extrémité des digues afin de positionner ces chaînes. On suppose qu'elles étaient complétées par des phares pour guider les bateaux.
Le port de Munychie était capable d'accueillir dans ses cales 82 trières. Mais le plus impressionnant est celui de Zéa, pouvant en accueillir près de 196. Les cales faisaient 40m de long par 6,5 de large. Thémistocle modernise ce port, en y rajoutant de nombreuses cales, donnant ainsi au port une plus grande capacité d'accueil.
Ces deux ports sont complétés de chantiers navals et d'arsenaux en grand nombre.







          B. Cantharos.

Le port de Cantharos est le port commercial du Pirée, d'une capacité d'accueil de 94 navires. Il se serait étendu des douanes à la propriété du roi, bâtiments aujourd'hui encore méconnus. Il est situé sur la partie Ouest du Pirée. A l'époque, il s'agit du plus grand port commercial de Méditerranée. Ses dimensions étaient d'approximativement de 1000x750m.



Gravure du port
de Cantharos





Il était complété de l'Emporion, un lieu couvert d'échanges et de transactions de marchandises. Comme les deux autres ports, il pouvait également être fermé par des chaînes, grâce aux tours flanquées sur ses jetées. D'après les textes, il aurait aussi comporté 94 hangars pour mettre à l'abri les navires.



Plan des quais couverts: le bateau est rentré, la proue en partie immergée dans l'eau, la poupe levée vers les terres.




          C. L'Arsenal de Philon.

En 1882, on découvre près du port de Zéa un syngraphe faisant référence à l'arsenal de Philon.
Extrait: "il y a lieu de construire un arsenal pour les agrès suspendus à Zéa, commençant au propylon à la sortie de l'agora, lorsqu'on s'approche par l'arrière des hangars à bateaux couverts d'un toit commun".
Le texte décrit ensuite les mesures précises du bâtiment et parle de l'utilité de l'aération, entre autres choses. Il nous indique aussi qu'il a été bâti en pierre d'Akté (Sud de la péninsule du pirée).
Cet arsenal fut construit par Philon entre -340 et -330.
Longueur: 430 pieds (129m)
Largeur: 59 pieds (17m)
Il est constitué d'un passage central (une promenade de 21 pieds, soit 6,3m en largeur), et de deux ailes où l'on rangeait le matériel. Il y a 32 colonnes de chaque côté, de style ionique, supportant des poutres (32 pieds de hauteur, soit 9,6m).








III. La ville.

          A. Le plan d'Hippodamos.

C'est Hippodamos de Milet qui traça, à la demande de Thémistocle, le plan de la ville (environ -479). Chaque quartier (commerçant, politique, résidentiel, etc) était séparé des autres par des stèles servant de délimitation (horos-oi).
Le tracé est géométrique, et les rues se coupent à angles droits en étant perpendiculaires les unes aux autres. Les grandes voies sont larges et coupées par d'autres plus petites. Les quartiers sont bien distingués.
Les maisons sont le plus souvent construites en briques et en bois. Les gens peuvent les construire comme ils le veulent, du moment qu'elles respectent les règles imposées. Les maisons doivent être disposées par cinq, sur deux rangées à chaque fois. Leur plan peut varier, mais la surface totale est quasi identique pour chacune d'entre elles.



Photographies: bornes limitant les quartiers, musée du Pirée




          B. Espaces publics.

En premier lieu, on délimite les grands espaces publics et privés, les quartiers. En second lieu, on "remplit" les espaces vacants avec d'autres bâtiments et monuments. La priorité des constructions est donnée aux bâtiments publics: religion, administration, chantiers navals, commerce et agora. Les maisons privées furent mises au second rang.
L'agora du Pirée se situe près du port de Cantharos, bien que de nos jours on ne puisse encore le certifier avec précision. Centre principal, tout gravite autour: magasins, ports et portiques. Elle n'est réellement définie que vers la moitié du Vème siècle, lorsque la population du Pirée s'accroît, au fur et à mesure qu'il prenait une importance économique pour Athènes.
Le Pirée comportait une forteresse, en plus des fortifications de base (murs). Elle fut détruite entre 86 et 87, par Silla. Elle avait été construite aux abords du port de Munychie.
Deux théâtres ont été découverts au Pirée (un à côté de Zéa). Au Vème siècle, on y construit aussi de grands arsenaux. Méton d'Athènes (astronome) aménage selon certains textes les plans d'eau du Pirée et les grandes fontaines.



Ci-contre, le Théâtre
de Zéa aujourd'hui



Périclès bâtit au Pirée un bâtiment qu'on appelait Le Portique de vente pour le froment, l'Alphitopôlis, contrôlé par quinze sytophylaques. L'Alphitopôlis occupait la plus grande place de ce port, montrant à quel point le commerce du blé, et plus généralement celui des céréales, était prépondérant.
On a la trace de deux temples au Pirée. Conon fit bâtir un sancturaire en l'honneur d'Aphrodite, après la victoire sur les Lacédémoniens, vers Cnide. a Munychie, on éleva un second temple en l'honneur d'Artémis Mounychia.
Voici un extrait de Pausanias, dans son Livre 1: L'Attique: Chapitre 1.
"L'enceinte consacrée à Zeus et à Athéna est ce que Le Pirée offre de plus remarquable. Zeus, tient sont sceptre d'une main, une Victoire de l'autre, et Athéna tient une pique; ces deux statues sont en bronze. Un long portique sert de marché à ceux qui demeurent près de la mer, (car il y a un autre marché pour ceux qui sont plus éloignés du port). On voit derrière ce portique, deux statues, représentant Zeus, et le peuple, tous deux debout; elles sont de Léocharès".
Bien évidemment, il va de soi quetoutes ces splendides sculptures n'existent probablement plus, ayant été refondues. De plus, on ne peut certifier avec précision quels sont et quels ont été les emplacements de ces bâtiments, aucune trace n'ayant été découverte à ce jour. Il convient aussi de dire que la ville moderne, comme nous le montre la vue satellite plus haut, recouvre tout, ce qui rend difficile l'excavation de la plupart des traces antiques.


Bibliographie et Webographie:

- Boersma J.-S., Athenian Building Policy. From 561'0 to 405'4 B.C., Noordhoff, Groningen, 1970
- Dinsmoor W.B., The Architecture of Ancient Greece, Batsford LTD, London, 1927
- Greco E., Torelli M., Storia dell'urbanistica. Il mondo Greco, Laterza, Roma, 1983
- Hellman M.-C., L'Architecture Grecque, Le Livre de Poche, Paris, 1998
- Aggelopoulou E.I., Le Pirée, 1898

- http://www.stratisc.org/PN1_PAGESPENSE.html (08/10/08)
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Pir%C3%A9e#Les_ports (08/10/08)
- http://www2.rgzm.de/Navis2/Home/HarbourFullTextOutput.cfm?HarbourNR=Piraeus (09/10/08)
- http://www.mythes.net/textes/pausa101.htm (09/10/08)