Fric, Travail et Petits Ennuis

Publié le par Antoine

Faire du fric, rentrer de l'argent, remplir le compte en banque.
Dépenser son argent, acheter des trucs inutiles, porter le dernier "à la mode".
Se lever à 4h30 du mat, remplir des bons de commandes, distribuer des colis.
Monayer le meuble en osier qu'on trouve joli dans cette boutique, rouler pour aller le chercher, revenir.
Bosser pour renflouer sa banque, déposer les petits chèques, courir à droite à gauche en intérim.
Penser que le McDo est mieux, envier les McDonaliens, et baver devant celle qui nettoie les tables en plastique.

Se laver, s'habiller, se brosser les dents.
Courir, conduire, se garer.
Lutter pour y arriver, lutter pour réussir, lutter contre des imbéciles.
Voir des grèves, des manifestations, des assemblées générales.

Manger, goûter, vomir.
Boire, s'ennivrer, danser.
Marcher, s'agenouiller, ramper.

Dormir, courir, pourir.

Demain, je me lève à 4h30 pour aller bosser à Kuehne&Nagel... Une nouvelle fois... Encore une fois... La facture SFR est passée auprès de ma mère. Rien, nada, pas une engueulade, juste un compliment ironique, un bravo de ceux qu'on entend de la sadique prof d'anglais qui nous a foutu un 7,5.
Je lui avais promis un remboursement. 150€... Déjà 60. Voilà pourquoi je dois travailler. Ce n'est pas un droit, c'est un devoir. Et c'est triste à en pleurer.
On devrait pouvoir vivre sans avoir à travailler. On devrait pouvoir aller à Géant, et revenir dans son appartement de Neuilly avec tout ce que l'on souhaite. On devrait aussi pouvoir retourner dans son logement de Villeurbanne avec les bras chargés de bouffe et d'électroménagers, et ce gratuitement. On devrait pouvoir vivre sans n'avoir à payer quoi que ce soit.
Les gens travailleraient pour produire des biens, mais ne seraient pas payés. Ils ne le seraient pas car la monnaie n'existerait plus. Chacun sera libre de prendre ce qu'il veut au magasin. Les "premiers prix" n'existeraient plus, et tout le monde aurait un écran LCD dans son F1, au même titre que les bourgeois de Saint-Tropez.

Je me lève à 4h30 pour aller bosser... Afin de m'acheter ce petit bar imitation années 30 qui m'intéresse chez un vendeur sur un site gratuit. 40€... Une demi-journée. Investissement intelligent aux vues de la qualité de l'objet. Du plus bel effet dans mon peut-être futur chez moi. Logement étudiant qui sera dénudé et tristement vide de tout objet insignifiant, je dormirais sur mon pauvre matelas posé à même le sol, et mon cadre 1x1,5m contenant une photographie numérotée du Queen Mary 2 tronera au-dessus de moi. Quel triste et envoutant spectacle que l'opposition entre une vie simple à la manière de Brigitte Bardot, le "fardeau" de bien des gens ("bardot", "fardeau", "barjot" aussi, humour humour ;) et une représentation exemplaire de ce que l'économie d'aujourd'hui nous apporte le mieux, l'objet comme idéal de vie: une oeuvre unique, symbole d'un transatlantique accessible qu'à une élite, qui permet à son détenteur de montrer ô combien il a du "goût", ô combien un simple cadre avec photo peut rendre heureux le plus abruti de tous les imbéciles.

Et dans tout cet amas de choses inutiles et belles, où règnent les valeurs et les notions sacro-saintes du capitalisme de notre pauvre société pervertie, un mortel crétin sera affalé sur un matelas miteux dont les draps ne seront jamais fais, à manger son plat de pâtes réchauffées au micro-onde, comme le plus commun des étudiants.
Mais il vaut mieux être dans cet état plutôt que dans l'état semi-comateux de bien des gens, vivant dans leur semblant d'appartement, à marmonner les mêmes stupidités jour après jour, enchevêtrés dans leurs poussières et leurs moisissures, qui les rongent jusqu'à l'os en attendant qu'ils meurent de désespoir, d'ennui et de solitude.

Et moi, demain, je vais travailler à 6h... Et tout ça pour pouvoir rembourser des notes de téléphone exorbitantes à une compagnie qui n'a que faire de la situation catatrophique d'un monde en colère.

Petite boîte à musique, m'entends-tu ? Demain, c'est l'heure d'aller au boulot, et de ramasser les piècettes que voudront bien te donner des grandes entreprises internationnales scandinaves.

Demain, je dois travailler.

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